Présentation du 33e Festival Jazz et Musique Improvisée en Franche-Comté du 23 au 28 juin 2014.

A l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de Louis, le cadet des frères Lumière, inventeurs du cinématographe, nés à Besançon capitale de la Franche-Comté, nous avons élaboré une programmation pour cette 33e édition du Festival Jazz et Musique Improvisée en Franche-Comté avec une thématique autour du cinéma (ciné-concerts, cinéma élargi (expanded cinema), cinéma pour l’oreille, cartes postales sonores, performances, exposition…). Si nous ajoutons que le signataire de ces lignes, par ailleurs programmateur du festival, a également animé pendant de nombreuses années un ciné-club art et essai, et qu’il est –ça ne s’invente pas– né un 28 décembre, jour anniversaire de la première projection du cinématographe des frères Lumière le 28 décembre 1895, on comprend vite qu’il ne s’agit plus de convergence mais de fatalité.
Trois ingrédients majeurs ont été nécessaires pour concocter la formule alchimique de cette édition :
- Tout d’abord le ciné-concert et, pour ce faire, nous nous sommes appuyés principalement sur l’ARFI (Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire), compagnie de musiciens professionnels implantée à Lyon depuis sa naissance en 1977 et qui représente l’une des plus belles réussites collectives du jazz européen. Pionnier du ciné-concert, ce collectif, depuis sa rencontre avec le cuirassé Potemkine en 87, s’est constitué un répertoire de ciné-concerts avec une démarche qui propose une vision différente des films : présence des musiciens et modernité des musiques, le cinéma muet devient spectacle vivant. Ce choix s’imposait car les frères Lumière, natifs de Besançon, se sont vite établis à Lyon où ils ont mis au point leur invention, nul n’est prophète en son pays. Petite précision, l’un des trois programmes choisi de l’ARFI, ce n’est bien sûr pas un hasard, est consacré au cinéaste Medvedkine avec un ciné oratorio autour de son film hilarant, Le bonheur. Est-il utile de rappeler ici l’importance de ce cinéaste en Franche-Comté si l’on veut bien se rappeler la mémoire des groupes Medvedkine, expérience sociale audiovisuelle menée par des techniciens et réalisateurs du cinéma militant, notamment Chris Marker, en association avec des militants ouvriers de la région de Besançon et de Sochaux entre 1967 et 1974. Le nom des deux groupes a été choisi en hommage au travail du réalisateur soviétique Alexander Medvedkine. Nous attirons également l’attention sur le programme Monsieur Méliès et Géo Smile, spectacle cinématographique et musical, avec comédien bonimenteur, illusions optiques selon la tradition des fêtes foraines dans lesquelles, à l’époque, Méliès projetait ses films. Et que dire du formidable travail sonore et rythmique effectué par Actuel Remix (Xavier Garcia/Guy Villerd) à partir des musiques de Ritchie Hawtin et Iannis Xenakis sur la version intégrale et restaurée du chef-d’œuvre de Fritz Lang, Metropolis.
- Ensuite le cinéma élargi (ou expanded cinema), expression désignant les expériences de modification du dispositif classique de la projection de films, en manipulant les matériaux composés de sons et d’images hétéroclites, les projecteurs, les morceaux de pellicule. Là encore nous avons choisi de nous appuyer sur une référence en la matière, à savoir la Cellule d’Intervention METEMKINE et quelques-unes de ses déclinaisons. La cellule d’Intervention Metemkine est une structure à géométrie variable regroupant, autour de Christophe Auger, Jérôme Noetinger et Xavier Quérel, différents musiciens et cinéastes et dont, depuis 1987, les performances allient projections 16mm et super 8 dans la grande tradition du cinéma élargi et d’un médium cinématographique sculptural qui n’est pas sans rappeler leurs ancêtres psychédéliques, Ben Van Meter, Andy Warhol et son Exploding Plastic Inevitable.
- Enfin les cartes postales sonores de Petites Cités Comtoises de caractère. Dans une carte postale sonore on fait le portrait d’un lieu avec des sons. Comme une image, elle invite l’auditeur à s’immerger dans un environnement de sons enregistrés du monde réel où il voyage par l’imagination. Actuellement, 34 petites agglomérations de l’espace rural regroupées en association sont dotées du label petite cité comtoise de caractère car elles présentent toutes les traces d’une activité urbaine et ont un patrimoine urbain, architectural et paysager de premier ordre. Dans le cadre du projet Petits bruits de caractères nous assurerons la diffusion de 5 cartes postales sonores dans la configuration du cinéma pour l’oreille, des sons à voir avec les oreilles, préenregistrés et traités en multidiffusion dans le noir total. Ces cartes postales ont été créées par les jeunes des communes concernées, initiés et encadrés par les artistes sonores, Xavier Saïki et Olivier Toulemonde, et des architectes ou paysagistes. Ce projet est une commande de l’association Intermèdes Géographiques de Besançon qui œuvre à la promotion de la création artistique mise en regard avec des contextes patrimoniaux, historiques, paysagers… propres à la région Franche-Comté et des CAUE régionaux (Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement).
En complément de ces trois points signalons, événement considérable, la création du ciné-concert autour du film de Carl Theodor Dreyer, Vampyr par le célébrissime groupe ART ZOYD. Figure de proue de l’avant-garde musicale, fondé en 1969, mêlant free jazz, rock progressif et avant garde électronique, influencé par Franck Zappa et Magma, Art Zoyd a toujours marqué sa singularité en s’échappant des routines musicales, inventant des expériences audacieuses autour du cinéma muet, des opéras multimédia et autres pièces inclassables. Pour cette édition du festival, Art Zoyd poursuit son travail de création musicale sur l’image avec la première mondiale d’un nouveau projet autour du film de Dreyer, Vampyr. Une première mondiale !?!?… ce n’est pas si fréquent en Franche-Comté.
Concernant les créations, il est important de citer le programme Histoires d’œil, autour de 3 films surréalistes, proposé en ouverture du festival par le duo Maguelone Vidal, Bruno Chevillon. Et puis ne pas oublier les formations inédites constituées à l’occasion de cette édition, comme le duo, très attendu, Gaëlle Rouard, Dominique Répécaud ou encore le trio Christophe Cardoen, Will Guthrie, Jérôme Noetinger et des découvertes, le trio Split Second (Christine Abdelnour, Ryan Kernoa, Stefano Canapa) ou le duo Hervé Gudin, Xavier Quérel.
Pour être complet, nous inviterons le public à s’attarder au milieu de l’exposition Images à Lou du photographe bisontin René Barsot, réalisée avec la complicité de son modèle, Lou Chavanis, qui a accepté de relever le défi de réinterpréter l’image de certaines actrices du cinéma muet.
Alors, à bientôt j’espère.
Philippe Romanoni
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