Cela n’a l’air de rien, mais deux des musiciens présents ce soir, Jacques Coursil et Alan Silva, sont des figures tutélaires de la new thing, cette nouvelle voie de jazz libre à laquelle ils ont participé et que les noirs américains des années 60 voulaient comme une révolution culturelle profonde en rompant radicalement avec les schémas de la musique occidentale (musique tonale et rythmes en binaire ou en ternaire).
Jacques Coursil et Alan Silva ont été membres permanents, pendant les années 60, des trios d’une figure clé de cette révolution musicale, le trompettiste Bill Dixon. Les trios Dixon, creusets en quête de sons et de langages, ont marqué, depuis lors, les musiques improvisées.
New York, 1965-70. Jacques Coursil et Alan Silva se croisent chez Sun Ra, puis, séparément, partent plusieurs fois en tournée avec Bill Dixon. Après toutes ces années, les deux compères se retrouvent et s’associent avec le saxophoniste Heribert Leuschter pour le plaisir d’un hommage à leur maître.
Improviser c’est créer un espace d’écoute et laisser aussi sa place à la poésie. Le trio propose ainsi des versions d’oratorios sur des poètes contemporains, Edouard Glissant, Aimé Césaire, Frantz Fanon et quelques autres. Soit une musique saisissante qui avance avec le texte, la voix, le rythme et le souffle. Des textes poétiques et telluriques, des « clameurs » qui restituent dans leur langue ces poètes du cri du monde. La magie noire du futur antérieur.
Jacques Coursil (trompette, voix), Alan Silva (contrebasse), Heribert Leuchter (saxophone)